L'Odyssée du Rock Progressif L'Odyssée du Rock Progressif

The Tubes

Remote Control

A&M [1979]


La télévision prend les commandes

En mars 1979, le groupe américain The Tubes publie Remote Control, son quatrième album studio, sur le label A&M Records. Produit par Todd Rundgren, le disque adopte le format de l'album conceptuel pour développer une satire de la société américaine dominée par la télévision.

Le récit s'articule autour d'un personnage dont l'existence, les aspirations et la perception du monde sont façonnées par les programmes télévisés. Le chanteur Fee Waybill développe cette idée à partir du roman Being There de Jerzy Kosinski, dont le protagoniste entretient un rapport singulier avec la réalité, largement influencé par ce qu'il voit à l'écran.

Avec cet album, The Tubes associe son goût pour la satire sociale à une écriture musicale plus structurée que celle de ses premiers disques. La télévision constitue à la fois le sujet du récit et le fil conducteur des chansons, qui abordent la consommation des images, les mécanismes du divertissement et l'influence des médias sur les comportements individuels.

Todd Rundgren, un producteur au cœur du dispositif

La collaboration avec Todd Rundgren occupe une place centrale dans la conception de Remote Control.

Musicien, compositeur et producteur, il participe à l'élaboration du son de l'album et contribue directement à deux titres, "TV Is King" et "Love's a Mystery (I Don't Understand)".

Son travail accompagne l'orientation du groupe vers des compositions plus resserrées, où les arrangements et les mélodies servent le déroulement du concept.

Les séances d'enregistrement se déroulent au Music Annex, à Menlo Park, en Californie. La production met en valeur les claviers, les guitares, les voix et les interventions rythmiques, dans un ensemble qui associe rock, pop et éléments issus de la new wave.

Cette approche distingue Remote Control des premiers albums du groupe, dont l'identité repose également sur la théâtralité des interprétations et l'humour provocateur.

Onze chansons pour disséquer la culture télévisuelle

La version originale de Remote Control comprend onze titres. La première face du vinyle réunit "Turn Me On", "TV Is King", "Prime Time", "I Want It All Now" et "No Way Out". La seconde commence par l'instrumental "Getoverture", avant "No Mercy", "Only the Strong Survive", "Be Mine Tonight", "Love's a Mystery (I Don't Understand)" et "Telecide". Cette répartition oppose une première face qui présente les principaux thèmes de l'album à une seconde qui prolonge le récit jusqu'à son dénouement.

"TV Is King" exprime directement la place centrale de la télévision dans l'univers du disque. "Prime Time", publié en single en 1979, atteint la 34e place du classement britannique des singles. "Getoverture" occupe une fonction musicale particulière : cet instrumental reprend des éléments mélodiques associés aux autres chansons de l'album et les assemble dans une composition qui met en évidence les liens entre les différents morceaux. "Telecide", qui clôt le disque, prolonge le propos consacré à l'emprise des médias.

Une formation collective aux personnalités distinctes

L'enregistrement réunit Fee Waybill au chant, Bill Spooner à la guitare et au chant, Roger Steen à la guitare et au chant, Rick Anderson à la basse, Prairie Prince à la batterie, Vince Welnick aux claviers, Michael Cotten aux synthétiseurs et Re Styles au chant.

Le percussionniste Mingo Lewis participe également à l'album. Todd Rundgren intervient en complément à la guitare et aux claviers, en plus de son travail de production. Le saxophoniste Lenny Pickett joue un solo sur "No Mercy".

Cette formation permet au groupe de combiner les guitares électriques, les synthétiseurs, les claviers et les harmonies vocales. Les arrangements accordent une place importante aux voix et aux motifs mélodiques, sans abandonner les passages instrumentaux qui caractérisent l'identité des Tubes. Le résultat se situe à la rencontre du rock, de la pop et des nouvelles orientations musicales qui se développent à la fin des années 1970.

Un succès mesuré dans les classements

Remote Control atteint la 46e place du classement américain Billboard des albums et la 40e place du classement britannique. Le single "Prime Time" obtient un résultat notable au Royaume-Uni, où il se classe 34e.

Ces performances inscrivent le disque dans la trajectoire commerciale du groupe, entre son approche scénique provocatrice des premières années et une production studio davantage orientée vers des chansons structurées.

L'album occupe également une place importante dans la collaboration entre The Tubes et Todd Rundgren, qui travaille de nouveau avec le groupe sur Love Bomb en 1985.

En 2013, le label Iconoclassic publie une réédition enrichie de quatre titres supplémentaires : "Dreams Come True", "Dangerous", "Don't Ask Me" et "Holy War", issus des sessions associées au projet suivant, Suffer for Sound, resté inédit sous sa forme d'album.

La satire comme principe de composition

Avec Remote Control, The Tubes fait de la télévision le centre d'un projet musical cohérent, où le concept détermine les thèmes des chansons et accompagne les choix de production.

L'album conserve l'humour satirique du groupe, tout en accordant davantage de place à des arrangements élaborés et à une écriture mélodique accessible. La collaboration avec Todd Rundgren contribue à cette orientation et donne au disque une identité distincte au sein de la discographie du groupe.

Remote Control constitue ainsi un témoignage de la manière dont le rock américain de la fin des années 1970 intègre les préoccupations liées aux médias de masse dans des albums conceptuels. The Tubes y associe son sens de la mise en scène à une construction musicale organisée autour d'un sujet unique, sans dissocier la critique sociale du travail de composition.